AL PURDY ET LES DORSETS

par Kathryn Bjornson

Je me suis rendu compte que la poésie pouvait être utile à enrichir mon cours d’histoire canadienne du secondaire. Alors que j’enseigne les migrations aborigènes dans le Nord canadien, je demande aux étudiants de lire « Lament for the Dorsets » (Lamentations pour les Dorsets) de Al Purdy. J’ai ensuite utilisé l’activité qui suit afin de renforcer le rapport entre le passé et le présent ainsi que la tension entre l’archéologie et l’imagination. Cette activité peut être adaptée à toutes les classes de la 10e à la 12e année.

Au moment où j’ai présenté ce poème, les étudiants avaient déjà étudié différentes théories sur les origines aborigènes en Amérique du Nord. On leur avait déjà présenté l’opposition entre les preuves archéologiques qui suggèrent que les premières tribus du Canada ont migrées ici à partir d’autres points du globe, et l’art aborigène et l’histoire orale qui défend l’idée que ces peuplades sont originaires de notre continent. Mes étudiants ont exploré le rôle de preuves concrètes lors de la formulation de théories migratoires ainsi que le rôle de l’imagination et de l’observation du monde naturel dans le développement de théories mythologiques des origines.

Je leur dis de façon claire qu’aucune leçon d’histoire ne peut réconcilier ces deux paradigmes, mais que la dichotomie entre les preuves et l’imagination n’est pas aussi claire qu’elle aurait pu le paraître au départ. Après avoir présenté les cultures Dorset et Thule, je demande aux étudiants de formuler des théories qui expliquent pourquoi une culture a pu survivre à l’autre dans un environnement aux ressources limitées et dans un climat inhospitalier. J’explique également que les Inuit d’aujourd’hui sont les descendants des Thukes, dont la survie a été attribuée à une coopération serrée et à une grande communication.

Après lecture du poème, je demande aux étudiants de construire deux tableaux comparatifs avec deux colonnes chacun. Dans un des tableaux, on devrait retrouver des mots, des phrases, et/ou des images du poème qui concernent le passé et le présent. Dans la colonne du passé, les étudiants écrivent des phrases comme « de vieux hommes terrifiants » (ligne 6) et « les trilobites et les marais/ lorsque la houille est devenue » lignes 40-41). Dans la colonne présent, ils écrivent des phrases telles que « habitants d’appartements / cadres de la mort par néon » (lignes 31-32) et « les choses qui explosent » (ligne 33). Il y a une accusation évidente du présent ici, et il est fructueux de remarquer comment notre monde moderne pourrait paraître bizarre, voire horrifiant, à un étranger venu du passé. La discussion de cette comparaison du passé et du présent peut être une voie en elle-même, mais l’essentiel de ce thème dans le poème vient des lignes : « ils ne nous ont jamais imaginés dans leur futur/ comment pouvons-nous les imaginés dans le passé » (lignes 34-35). Cette vision à double sens de la difficulté d’imaginer le futur et le passé peut mener à une discussion sur la nature même des données historiques, leurs biais et leurs exactitudes.

C’est maintenant le moment de regarder le second tableau comparatif, dans lequel je demande aux étudiants d’écrire dans une colonne les éléments du poème qui peuvent être des artéfacts archéologiques et dans l’autre colonne, des éléments qui peuvent provenir de l’imaginaire du poète. Dans la première colonne, ils inscrivent des choses telles que « anneaux de tente moussus » (ligne 1) et « cygnes ivoire gravés » (ligne 2). Dans la seconde colonne, ils écrivent le nom « Kudluk » (ligne 61) et les scénarios concernant ses dernières heures. En discutant sur ces comparaisons, j’essaie d’amener les étudiants à reconnaître l’interconnexion entre l’imagination et la preuve concrète. C’est un bon moment pour montrer que les archéologues et les historiens doivent utiliser prudemment leur imagination afin de modeler ensemble les preuves qu’ils découvrent. Il apparaît aussi clairement que sans le monde concret, nous n’aurions aucun point de référence pour lancer nos imaginations dans une production artistique, qu’elle soit de nature mythologique, sculpturale ou poétique.

Je termine cette activité en demandant aux étudiants de retourner à leur prédiction initiale qui portait sur la raison pourquoi les Thules ont survécu aux Dorsets, et d’examiner le poème afin de trouver les explications possibles. Ils remarquent que les « petits hommes / qui sont venus de l’ouest avec des chiens” (lignes 18-19) ont pu être technologiquement et physiquement avantagés sur les « géants Dorsets » (ligne 3) qui « n’avaient pas de chiens et tiraient leurs traîneaux / par-delà les océans gelés du Nord » (lignes 14-15). Un changement de climat est aussi présenté comme explication dans le poème : « Ou alors dans un cycle climatique chaud / les phoques sont retournés dans des eaux plus froides. (lignes 20-21), un problème que les étudiants peuvent identifier puisqu’il s’agit également d’un problème actuel. Pour étendre cette activité dans une perspective actuelle, je leur demande de chercher des articles de nouvelles portant sur le changement climatique affectant les économies qui reposent sur la chasse et le pêche. Cela permet de cimenter l’action réciproque entre le présent et le passé, ce qui représente par ailleurs, un des plus grands intérêts de l’étude historique.

Travaux cités

Al Purdy. “Lament for the Dorsets.” rooms for rent in the outer planets: selected poems 1962-1996. Ed. Al Purdy and Sam Solecki. Madeira Park: Harbour Publishing, 1996. 68-70.

Kathryn Bjornson est une poète et une éducatrice qui vit à Dartmouth en Nouvelle-Écosse. Ses travaux ont été édités dans the antigonish review, the nashwaak review, freefall, et the mom egg. Elle enseigne l’anglais et l’histoire canadienne à l’école Sacred Heart d’Halifax, où elle dirige également un club d’écriture créative pour étudiants.